ÆTHER
PREMIUMintelligence artificielle5 mn de lecture37 lectures

Opposer son cœur aux bêtes que l’on a soi-même créées

par Jan Göschel2 octobre 2026
Image : équipe graphique du Wochenschrift das Goethenaum

Le contrôle est l’expression d’une violence froide, et la guerre, celle d’une violence chaude. L’intelligence artificielle amplifie leur impact. La morale et la sagesse, fondation et toit de la communauté humaine, ont le pouvoir d’humaniser ces monstres numériques.

Le mystère du mal n’est pas abstrait : c’est une réalité vécue. Il se manifeste sous forme de violence – la sienne, celle d’autrui ou celle d’une main artificielle. La violence artificielle a, elle aussi, été créée par l’Homme, mais elle s’est soustraite à son emprise. Le mal, tout comme l’amour qui lui fait face, est immense. Tous deux attirent le regard vers quelque chose qui échappe à une compréhension totale, mais qui touche au cœur même de l’existence humaine. Ils exigent un changement de conscience. La violence – expression terrestre du mal – revêt un visage chaud ou froid. La violence chaude monte dans l’âme sous forme de colère, de rage, d’envie de détruire et d’anéantir. Sur le plan institutionnel, elle est capable de libérer des énergies d’une force inimaginable. Lorsqu’on essaie de se mettre à la place d’un enfant ou d’un adulte dont le corps, touché par un projectile, est déchiqueté en fragments, voire totalement vaporisé, l’imagination fait défaut. C’est pourtant la réalité que vivent des gens qui ont un nom et une histoire aussi complexes que la nôtre. C’est précisément lorsqu’on se heurte à cette limite de l’imagination que la notion de mal semble appropriée. La violence froide recourt à la surveillance et au contrôle. Elle soumet les personnes, les communautés et la Terre à sa logique d’exploitation, anéantit la capacité d’agir de l’individu et traite tout ce qui est à sa portée comme un moyen au service d’une fin. Cette logique de domination s’incarne dans de puissants acteurs non humains, dans des institutions, des États et des multinationales. Quand l’intelligence artificielle est intégrée dans les algorithmes décisionnels de ces acteurs artificiels et habilitée à exercer une violence physique, ceux-ci deviennent alors des « messagers de la fin du monde », les principaux acteurs de guerres, de catastrophes sociales et écologiques. Leurs actions obéissent à leurs propres intérêts (non humains) d’autoconservation et s’opposent à tous les intérêts humains – y compris ceux de leurs propriétaires.

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