
Friedrich Glasl : « Il ne s’agit pas de gagner une guerre, mais de gagner la paix »


Entretien avec Friedrich Glasl, chercheur autrichien, spécialiste des conflits et militant pour la paix, à propos de son nouveau livre « Le paradoxe de la course aux armements »[1]. Les questions ont été posées par Wolfgang Held.
Wolfgang Held : Le paradoxe de la course aux armements est le titre de votre livre. Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire cet ouvrage ?
Friedrich Glasl : Je m’intéresse aux conflits depuis mes études, il y a soixante ans, en relations internationales, en droit international et en sciences politiques à Vienne. Ma thèse de doctorat portait sur la question des sanctions imposées par des États neutres au sein de la Société des Nations. L’Autriche est devenue membre des Nations unies dès 1955. J’ai choisi ce sujet parce que mon directeur de thèse était le chef de la délégation autrichienne à l’ONU et qu’il y avait une controverse sur la question de savoir si les États neutres pouvaient participer à des sanctions.
Depuis vingt ans, le ton est devenu de plus en plus rude dans les relations politiques. Comment l’expliquer ?
Nous avions des attentes trop optimistes après la chute du mur de Berlin. Ce moment historique avait suscité, de tous côtés, des attentes euphoriques. Mais le problème fondamental demeure, même après la dissolution de l’Union soviétique : l’hégémonie et la rivalité entre les grandes puissances n’ont pas disparu.
Le « dégel » s’est-il avancé sur une glace fragile ?
Il a été largement porté par la société civile. C’est ce que je trouve de beau. Mais, sur le plan politique, la pensée concurrentielle était toujours présente, peut-être même davantage. À l’époque, le politologue américain Francis Fukuyama publiait son ouvrage La Fin de l’histoire : la lutte des classes était terminée, le communisme avait perdu. Désormais, le capitalisme et la démocratie devaient s’imposer, bien que ces deux notions ne soient évidemment pas identiques. L’hégémonie – « Qui est le plus fort, le plus populaire, le leader ? » – s’en est même trouvée renforcée. Nous nous souvenons de déclarations humiliantes à l’égard des anciens pays communistes.
Dans le premier chapitre, vous écrivez : « La diversité des idées, des connaissances, des méthodes de travail et des intérêts constitue en réalité une ressource précieuse. » Cela signifie-t-il qu’il faut débattre de manière constructive ?
Oui, il s’agit de pluralité. Je parle de liberté dans la vie de l’esprit. Il n’existe pas une vérité unique que l’on imposerait aux autres, mais différentes voies dans la recherche de la vérité, et chacune possède sa propre perspective. Dans La pensée humaine et la pensée cosmique, Rudolf Steiner élargit cette idée en un dialogue entre douze conceptions du monde. Si la culture ne commence pas à prendre au sérieux la diversité, la pluralité et, par là même, l’inclusivité – non pas seulement en les tolérant, mais en s’engageant activement en leur faveur –, cela ne pourra pas bien se terminer.
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